Une mère incroyable, film du colombien Franco Lolli
13 mars 2020
Franco Lolli· Réalisateur du film 'Une mer incroyable'Sylvie Pialat· Productrice du film 'Une mer incroyable'Jérôme Godot· Historien de l'art, membre de l'équipe du musée BourdelAmélie Simier· Directrice du musée BourdelThérésa Nielsen· Conservatrice du Kunstmuseum de Vejle (Danemark)Frédéric· Intervenant sur l'exposition d'Agnès Varda au Palais idéal du Facteur Cheval
Production-réalisation : Claude Carrez, technicien : Joël Camus
Une mère incroyable, film du colombien Franco Lolli ; Les contes étranges de Jacobson au musée Bourdel ; Correspondance d'Agnès Varda au Palais idéal du Facteur Cheval
L'émission aborde trois sujets culturels : le film colombien 'Une mer incroyable' de Franco Lolli, centré sur une relation mère-fille face à la maladie ; l'exposition 'Les contes étranges de Jacobson' au musée Bourdel, explorant l'univers onirique et symboliste d'un artiste danois ; et l'exposition 'Correspondance' d'Agnès Varda au Palais idéal du Facteur Cheval, mêlant archives et installations artistiques.
Cinéma colombien et relation familialeSymbolisme et expressionnisme dans l'artHistoire de l'art et expositions temporairesInstallations artistiques et correspondance posthumeArchitecture naïve et patrimoine culturel
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Émission
Transcription
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Trois sujets dans Mediagora, un film sur une mère incroyable de Franco Loli.
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Nous sommes à Bogota avec Sylvia, qui est une mère célibataire et avocate et qui est mise en cause dans un scandale de corruption.
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Puis nous irons dans l'exposition au musée Bourdel, les contes étranges de Jacobson.
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Une exposition jusqu'au 31 mai.
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Et enfin, au Palais idéal du facteur cheval à Haute-Rive, pour une exposition Agnès Varda, intitulée Correspondance, c'est jusqu'au 8 septembre.
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Commençons donc par le film Une mer incroyable de Franco Loli.
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Recuerde que son 30 minutos que debe estar totalmente quieta.
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Nous sommes là au début d'un film intitulé« Une mer incroyable».
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On est à l'hôpital.
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Au moment d'une IRM, on demande à une dame âgée de s'allonger.
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On lui dit que ça va durer 30 minutes.
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De bien rester immobile.
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Tout se fait normalement.
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Et après, il faudra qu'on aille dans le bureau du médecin pour que, recevant la mère, donc cette damagée et sa fille, ils disent de quoi il s'agit.
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Alors elle, elle répond, vivre ou mourir, je m'en fiche, je n'ai pas peur de la mort.
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Ce qui me fait peur, c'est une mauvaise philosophie de vie, la douleur, ça, ça me fait peur.
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L'inutilité, l'impuissance, le fait qu'on doit s'occuper de moi par manque d'autonomie, cette idée me terrifie.
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Alors répondez-moi, ça se soigne ou pas?
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Et le Toubib répond, malheureusement, quand une maladie métastatique atteint d'autres organes, elle est incurable.
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Puis la fille essaie de temporiser en disant, oui, mais on peut peut-être stabiliser.
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Puis le docteur lui dit, non, le traitement hormonal actuel ne donne pas le traitement souhaité.
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On n'a pas d'autre choix que de reprendre la chimiothérapie.
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Et la mère n'est pas contente.
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À nouveau, les douleurs, les maux de tête, les nausées, les chutes, ce n'est pas une vie, docteur.
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Il lui dit que son poumon est affecté et si vous refusez la maladie, parce qu'elle veut partir, la maladie va progresser, l'autre poumon sera touché, peut-être le foie, les os, le cerveau, la situation est assez critique.
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Puis il y a la mère qui dit, pardonnez-moi, je m'en vais.
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Attendez un instant, Laetitia.
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Il y a une chose qu'il faut bien comprendre.
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Sans la chimiothérapie, ça va empirer.
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Donc Franco Loli, bonjour.
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Bonjour.
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Vous commencez un film.
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Comme ça.
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Ça a l'air d'une comédie.
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Donc vous osez, hein?
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Oui, pas tout à fait, non.
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Mais vous osez commencer comme ça.
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Oui.
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Il ne pouvait pas en être autrement.
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Le film s'ouvre sur un gros problème qui apparaît dans la vie de...
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Des deux femmes qui sont les deux protagonistes, les deux personnages principaux du film.
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Sylvia, qui est donc la fille de Laetitia, cette damagée qui rentre dans l'IRM et à qui on annonce qu'un...
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Que son cancer est revenu et a fait métastase au poumon.
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Et le film va raconter, à partir de ce moment-là, comment ils vont gérer tout ça.
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Comment ils vont gérer tout ça et quelle influence cette nouvelle aura dans leur vie.
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Donc je pense que c'était normal de commencer par là, parce qu'il faut commencer par ce qui est important.
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Oui, et en même temps, ce qui est...
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Ce qui est important, et puis c'est déjà passionnant dès le début du film, c'est qu'on a ces deux femmes, on a leur tempérament déjà.
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On voit comment ça se passe.
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Avec la fille qui, je disais, elle temporise en fait.
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Elle dit qu'on peut se taire.
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stabilisé, et puis tout le monde le dit que non, dans le fond.
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Et puis alors, par contre, sa mère, quelle pêche elle a, quelle tonus elle a.
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Et ça va d'ailleurs se confirmer pendant tout le film.
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Oui, pendant tout le film.
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Il y a une énergie.
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C'est quelqu'un qui...
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Qui a une énergie incroyable et qui refuse de se laisser aller facilement ou d'accepter même les traitements facilement.
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Elle est en colère.
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Elle est en colère contre le monde, contre la possibilité de mourir et un peu contre la vie, je crois.
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Et contre sa fille.
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Ça, on va le voir au second offre.
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Oui, ça fait beaucoup de contre.
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Oui.
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C'est quelqu'un qui est assez contre.
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Oui, elle se nourrit de contre, ce qui est déjà pas mal.
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Alors, quand on commence comme ça...
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Mais une femme forte.
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On voit très vite qu'on a affaire à une femme très très forte.
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Et plus courageuse qu'on ne pense.
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Et très courageuse, tout à fait.
5:50 – 5:51
Ah oui.
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Alors, c'est donc un film...
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De femme.
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C'est tout à fait un film de femme.
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Je reçois un barbu, mais c'est un film de femme.
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Oui.
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On me dit souvent que les gens qui ne savent pas qui je suis et qui ne savent pas que le réalisateur est un homme, ils se disent qu'on pensait que le film avait été fait par une femme.
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Il y a quelque chose apparemment dans le regard qui serait féminin.
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Moi, je prends ça comme un compliment, évidemment, parce que je fais un film sur des femmes.
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Et le fait que les gens aient le sentiment que...
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que les femmes aient le sentiment de ne pas se sentir trahies.
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Elles ne se sentent pas trahies quand elles voient le film.
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Elles se sentent représentées.
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Elles se sont représentées comme une autre femme les aurait représentées.
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Moi, je craignais beaucoup ça, en me lançant justement dans un film de femmes.
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Je craignais que je ne suis donc pas une femme.
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Et du coup, il y a des choses que je vis toujours de mon point de vue, donc celui qui est celui d'un homme.
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Et j'avais peur de me tromper.
6:53 – 6:54
J'avais peur de me tromper.
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Après, je crois que je me suis entouré déjà de ces deux actrices.
6:58 – 6:59
Ah oui.
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Qui m'ont beaucoup protégé parce qu'elles sont...
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Les deux, c'est des femmes très, très fortes.
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Et puis d'une équipe où il y avait pas mal de femmes qui étaient très importantes.
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Les scénaristes, les deux scénaristes du film, les deux co-scénaristes avec moi sont des femmes.
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Puis j'ai une de mes productrices, c'est aussi une femme très forte.
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C'est Sylvie Pialat.
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Et en fait, tous ces gens-là m'ont aussi aidé à, je crois, à ne pas trop me tromper de ce côté-là.
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Oui, ça c'est certain.
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Et puis bon, sans plonger dans votre vie privée, l'éducation que vous avez pu avoir est aussi une éducation par des femmes, essentiellement.
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Tout à fait.
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En fait, moi, j'ai grandi tout seul avec ma mère.
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Parce que mon père est mort dans un accident de voiture avant ma naissance.
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Et du coup, ma mère m'a élevé seul.
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Avec mes tantes, avec ma grand-mère.
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Et du coup, j'étais vraiment...
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élevé par des femmes et même son figure paternelle.
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Ma mère ne s'est jamais remariée, elle n'a pas trop eu de copains.
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Donc c'était vraiment le monde dans lequel j'ai grandi.
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Et du coup, finalement, je raconte ça, je raconte ce que j'ai vu.
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Je raconte les femmes que j'ai vues, les femmes qui m'ont inspiré.
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Et je raconte surtout ma mère, parce que le film, moi je m'en rends compte à postériori, mais je crois que c'est un hommage à ma mère, au fond, et une chose qu'on a, donc pas dite encore, mais qui est peut-être importante, c'est que...
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Ah, on peut ne pas hésiter à le dire dès maintenant, effectivement.
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C'est ça, la femme donc, la femme âgée qui rentre dans cet IRM, c'est ma mère.
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C'est l'actrice qui interprète le rôle de Laetitia.
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C'est une femme qui s'appelle aussi Laetitia Gomez dans la vie.
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Et c'est ma mère.
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Elle est prodigieuse.
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Comment, alors vous savez, la question qu'on pose toujours, toujours, toujours, c'est comment naît l'idée d'un film comme ça?
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Quel est le petit déclencheur?
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Quand je dis le petit, parfois c'est une image, parfois c'est le hasard qui parfois fait bien les choses.
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Pour vous, ce n'était pas, je crois, avoir lu nécessairement un film sur le cancer et sur la maladie que vous vouliez faire.
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Mais vous y êtes arrivé aussi.
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Aussi.
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Qu'est-ce que vous vouliez faire?
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Je pense que je voulais faire un film sur...
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Justement sur une femme.
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Il s'est transformé en un film sur deux femmes.
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Mais à la base, le désir premier du film, c'était de changer le point de vue.
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Mon premier film était un film masculin.
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Et mes courts-métrages aussi.
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Mais il y avait toujours des personnages féminins.
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Ça, c'est votre deuxième long-métrage.
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C'est mon deuxième long-métrage, oui.
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Il y avait toujours des personnages féminins très importants.
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Mais ils étaient toujours un peu au deuxième plan.
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Au deuxième plan.
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Mais ils étaient ceux qui me séduisaient le plus, que je trouvais même peut-être les plus complexes, les plus intéressants.
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Souvent inspirés de ma mère.
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Et pour ce film-là, je me suis dit, autant y aller jusqu'au bout et raconter vraiment le...
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Quitte à raconter ta mère, raconte-la vraiment.
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Et ça s'est fini par la raconter vraiment et la faire jouer elle-même.
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Mais à la base, c'était ça.
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Et je me souviens, parce que cette histoire d'image, c'est intéressant comme on est un film.
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qu'on vous parlait de quelles sont les images.
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Moi, je me souviens de deux images un peu fondatrices pour ce projet qui, a priori, n'ont rien à voir avec le film.
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C'était toujours en voyage, parce qu'avec mon film d'avant, j'avais beaucoup voyagé en festival.
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Et j'étais souvent dans un avion.
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Et dans un des avions, j'avais vu, je me souviens très bien, une hôtesse de l'air.
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Que je trouvais très belle, qui avait peut-être 45, 48 ans.
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Et je voyais un peu dans ses...
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J'avais été très touché par les rides qu'elle avait sur les yeux.
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Et il y avait quelque chose dont...
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dans son regard, dans les rides, dans qui elle était, j'avais l'impression qu'elle était, parce que je ne lui ai pas parlé, j'avais le sentiment que raconter son histoire à elle serait beau.
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Parce que c'était déjà l'histoire d'une femme qui arrive à peu près à la moitié de sa vie, donc qui a déjà fait tout un tas de choix.
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qu'elle ne peut pas tout à fait changer.
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Elle a déjà vécu la moitié de sa vie, mais à qui reste l'autre moitié?
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Donc, pour décider, disons.
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Donc ça, c'est une des images qui ont fait naître le projet.
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Comment elle allait orienter sa vie?
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Ça, ça vous intéressait?
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La réorienter, quelque part.
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La réorienter, mais...
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À cet âge-là.
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Comment...
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Je me demandais, est-ce que cette femme a des enfants?
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Est-ce qu'elle n'en a pas?
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Est-ce qu'elle est toujours, si elle a des enfants, avec l'homme avec qui elle les a eus?
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Je me suis commencé à imaginer un peu tout ça.
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Est-ce qu'elle a envie de retomber amoureuse de quelqu'un d'autre?
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Je m'imaginais un peu tout ça.
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Un beau film.
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Et finalement, j'ai un personnage principal qui a à peu près cet âge-là, qui a 45 ans, et qui est un peu
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face évidemment aussi à la maladie de sa mère, mais pas que, et à une sorte de croisée de chemin où elle s'interroge sur qui elle a été, qui elle doit être, comment elle doit changer.
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L'autre image...
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Qui me vient en tête, c'était, j'étais à, je me souviens, j'étais à Palm Springs, pareil, dans un festival, et dans l'hôtel dans lequel on logeait, il y avait un petit jacuzzi extérieur.
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J'étais allé dans le jacuzzi pour me reposer, j'étais content d'être là.
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C'était un hôtel que je n'aurais pas pu me payer par mes propres moyens.
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Et comme j'étais invité par le festival, j'étais très heureux d'être là.
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Et arrive une femme, là pour le coup, assez vieille, de 80 ou peut-être, je ne sais pas, 75, 80 ans.
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Et je la...
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Elle se met dans le jacuzzi et je sentais comme une fatigue, une vraie fatigue corporelle, une fatigue un peu de comment la vie...
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Ouais, la fatigue de quelqu'un qui a 80 ans, en fait, qui n'est pas la même de quelqu'un à 40 ans ou à 20 ans.
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Et je me souviens, j'étais resté à regarder ses bras et comment le corps, simplement, il change.
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Physiquement, il...
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Il n'est évidemment pas le même qu'à 45 ou qu'à 60 même.
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Et je pense que le film est aussi chargé de ça, de cette espèce de...
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Le passage du temps, en fait.
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Le passage du temps et le passage du temps sur un corps.
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Là, c'est beaucoup plus le personnage que quand t'apprêtes ma mère, donc.
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Et comment son corps aussi se détériore pendant le film.
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Du coup, je crois que ces deux images-là, qui avaient l'air, en apparence, très séparées, on ne comprend pas en quoi ça fait un seul film, en fait, elles sont toutes les deux là.
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Oui, et puis en même temps, on a à la fois votre curiosité et votre sens de l'observation.
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Et puis votre imagination.
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Et évidemment, ce sont les deux armes qui vous perdent.
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de sortir le film que vous venez de faire.
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Mais je crois avoir lu quelque part que vous aviez prévu, si on continue dans votre vie privée et familiale, vous aviez prévu un voyage où?
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En Islande avec votre mère?
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Tout à fait.
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Et les choses ne se sont pas passées tout à fait de cette façon-là.
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Tout à fait.
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En fait, on l'a fait le voyage, mais on a...
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C'est un voyage...
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Moi, je fais souvent des...
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Je le fais un peu moins maintenant, mais à une époque de ma vie, j'essayais de voyager une fois par an avec ma mère, de faire un voyage avec elle.
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Maintenant, on le fait tous les deux, trois ans.
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Là, c'est différent parce que j'ai une femme, un enfant, du coup, maintenant, on le fait plus en famille.
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Mais à l'époque, on les faisait tous les deux, juste.
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Et là, on avait organisé un voyage en Islande.
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Ma mère voulait absolument voir la neige et voir beaucoup de neige.
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C'était en hiver et on commence à organiser ce voyage vers octobre, novembre, je pense, pour partir début janvier, je crois.
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Et en fait, dans l'organisation, ma mère remarque qu'elle a quelque chose qui lui fait mal autour du sein.
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Bref, elle commence à faire des...
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Je crois que pour le visa, peut-être, elle avait l'obligation de faire un rendez-vous médical.
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Bon, tout ça nous emmène à...
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Elle pressent qu'elle a peut-être un cancer du sang.
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Elle va voir un médecin qui lui dit, écoute, c'est probable que vous ayez ça, mais on ne peut pas vous le dire, il faut faire une biopsie.
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Et la biopsie...
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Vous l'aurez dans 15 jours, je ne sais pas combien de temps.
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Tant exactement, c'est la biopsie, peut-être une semaine ou 15 jours, les résultats.
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Et en fait, nous, on partait là, on partait en Islande.
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Du coup, on est partis sans avoir les résultats de la biopsie.
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Et en revenant, qui sont arrivés pendant qu'on était là-bas, ma mère m'a dit, je ne veux absolument pas me gâcher le voyage avec ça.
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Donc, on fait le voyage et après, en rentrant, on voit ce que c'est.
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Et en rentrant, c'était confirmé.
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Donc, c'était un concert.
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Et avec tout ce qui vient avec.
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Parce que moi, je me souviens bien, j'étais dans le...
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Moi, je lui avais dit, non, mais t'inquiète pas, c'est évidemment pas ça.
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Tu te fais des idées, tu ne vas pas avoir un cancer, ce n'est pas possible.
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Et évidemment, on dit ça parce qu'on n'a pas envie que ça arrive.
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Mais quand ça arrive, ça arrive.
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Et puis, ça commence une période de ma vie qui est de...
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Qu'est-ce qu'on fait avec cette information-là?
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Comment on la...
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Et qu'est-ce que disent les médecins?
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Comment on la confronte?
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Quel traitement faire?
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Ou pas faire de traitement?
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Et là rentre un peu cette discussion du début du film.
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Parce que ma mère, elle a dit, moi, si c'est pour faire un traitement atroce qui va me faire plus de mal, je préfère ne pas le faire.
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Finalement, elle l'a fait.
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Mais il y a eu beaucoup...
16:39 – 16:40
Je pense qu'on a vu peut-être...
16:41 – 16:42
Je ne sais pas.
16:43 – 16:44
Cinq, six oncologues différents.
16:46 – 16:52
En Colombie, contrairement à la France, je crois, on choisit la personne qui va vous suivre.
16:53 – 16:56
C'est un système de sécurité sociale privé.
16:58 – 17:02
Du coup, on choisit, mais ma mère s'engueulait avec la moitié des oncologues.
17:03 – 17:05
Elle ne voulait pas du tout faire ce qu'il lui demandait.
17:05 – 17:08
Moi, je l'accompagnais, j'essayais de lui dire, mais essaye d'être calme.
17:08 – 17:12
Mais en fait, c'est quelqu'un à qui on annonce que possiblement, elle va mourir ou...
17:13 – 17:15
Elle va devoir passer par un traitement très dur.
17:16 – 17:19
Et en fait, je comprends qu'elle était énervée, du coup.
17:19 – 17:21
Et du coup, moi, je l'ai beaucoup accompagnée dans tout ça.
17:22 – 17:24
C'est un moment où on a été très proches.
17:25 – 17:29
Et voilà, ça a commencé à s'imprégner dans le film, imprégner le film, tout ça.
17:29 – 17:36
Et du coup, le film, qui est donc l'histoire d'une femme qui, à 45 ans, est obligée de regarder en arrière et en avant,
17:37 – 17:40
en fait, elle est d'autant plus obligée que sa mère est dans cet état-là.
17:41 – 17:41
Voilà.
17:42 – 17:44
Du coup, les deux choses se sont rejointes.
17:44 – 17:49
Et du coup, finalement, l'image de l'hôtesse de l'air et du diacousier se sont complètement rejointes.
17:50 – 17:52
Et c'est ça qu'est le film à la fin.
17:53 – 17:53
Eh oui.
17:53 – 17:59
Alors évidemment, il y a la grande question qu'on se pose à partir de ça, c'est...
17:59 – 18:04
Et quand on voit le film, mais j'en parlais autour de moi,
18:04 – 18:08
On est véritablement entre documentaire et fiction.
18:11 – 18:12
Mais pour vous, c'est une fiction.
18:12 – 18:13
Pour moi, c'est complètement une fiction.
18:14 – 18:14
Complètement.
18:14 – 18:15
Mais nourri, nourri.
18:16 – 18:17
Après, très nourri de la vie.
18:17 – 18:18
Très documenté, quoi.
18:18 – 18:19
Très nourri de la vie.
18:19 – 18:21
Et moi, je tiens à que la fiction soit...
18:22 – 18:23
Au moins, on suivra avec la vie.
18:24 – 18:25
Et qu'elle est réelle.
18:25 – 18:27
Parce qu'il y a un peu cette distinction.
18:28 – 18:29
réel, vérité.
18:29 – 18:31
Ce qui compte, c'est pas le réel, c'est la vérité.
18:32 – 18:45
Moi, je cherche, ma recherche cinématographique est une vraie recherche d'une vérité, d'une vérité d'un moment, d'un sentiment, mais du coup aussi une vérité du réel, parfois, pour ne pas trahir justement les gens qui...
18:47 – 18:48
Qui ont été là.
18:48 – 18:50
Et qu'est-ce que je veux dire par ne pas les trahir?
18:50 – 18:58
Moi, je tiens beaucoup à quelqu'un qui, par exemple, ait accompagné quelqu'un de sa famille dans un traitement d'un cancer.
18:59 – 19:05
Je tiens que la personne voit le film et non seulement se dise« oui, c'est comme ça», mais je suis content qu'on me le raconte.
19:07 – 19:08
Et pareil pour tout le reste.
19:09 – 19:21
Ce que je disais de ne pas trahir les femmes, si je veux faire un hommage à ma mère et un hommage aux femmes en faisant ce film-là, je ne peux pas être dans un regard qui, à la fin, les dépossède, disons.
19:21 – 19:25
Du coup, ça passe par beaucoup de petits détails.
19:26 – 19:28
Par exemple, là, on...
19:28 – 19:31
C'est parce que c'est ça qu'on a entendu comme scène.
19:31 – 19:34
Mais l'oncologue qu'on entend dans la scène, il...
19:34 – 19:36
Il est vraiment un collègue de la vie.
19:36 – 19:38
Et tout ce qu'il raconte, c'est ce qu'il raconte vraiment à ses patients.
19:40 – 19:43
Et moi, je tenais à qu'il y ait une précision très grande des termes médicaux.
19:45 – 19:49
Oui, parce qu'il n'y a pas de raison d'être dans le faux.
19:50 – 19:55
Souvent, dans les films, ce qu'on fait, on dit aux gens, vous savez, il vous reste trois mois de vie.
19:55 – 19:57
En fait, les médecins ne disent jamais ça à personne.
19:58 – 20:05
Ça, c'est juste une arme dramaturgique pour créer un suspense et pour créer une deadline.
20:05 – 20:07
Et du coup, le film va raconter comment...
20:07 – 20:08
Mais en fait, ça, c'est toujours faux.
20:09 – 20:17
C'est la première chose que moi, je me suis beaucoup documenté, à la fois auprès des médecins, parce qu'il y a toute une partie médicale dans le film qui n'est peut-être pas la plus importante,
20:18 – 20:19
Mais elle est là.
20:19 – 20:21
La partie la plus importante, je dirais, c'est la partie familiale.
20:21 – 20:26
Mais il y a aussi une partie légale, parce qu'elles sont toutes les deux avocates, Sylvia et Laetitia.
20:26 – 20:29
Et en fait, là aussi, je me suis énormément documenté.
20:30 – 20:31
Et ça prend beaucoup de temps, en fait.
20:31 – 20:35
Parce que je voulais que, si un avocat voit le film, ils disent, bah oui, c'est comme ça.
20:35 – 20:36
Ils se reconnaissent.
20:37 – 20:37
Ils ne sont pas en train de mentir.
20:37 – 20:38
Ça ressemble à ça, à notre vie.
20:41 – 20:46
Qu'est-ce que vous diriez, justement, de l'avis d'avocate de Sylvia?
20:48 – 20:53
Qu'est-ce qu'on peut dire pour être incitatif et pour donner quelques éléments?
20:53 – 20:55
Disons que Sylvia, dans le film, elle est...
20:56 – 21:04
Et les juristes, on va dire, c'est que les termes avocat et juriste en France sont un peu différents dans Colombie et dans l'espagnol, mais disons qu'ils travaillent pour la...
21:04 – 21:05
Pour une entreprise ?
21:05 – 21:06
Pour la ville de Bogota.
21:08 – 21:11
Oui, parce que le film est tourné à Bogota, ville natale.
21:11 – 21:11
Exactement.
21:12 – 21:14
Et du coup, elle travaille pour la ville de Bogota, au service des travaux publics.
21:15 – 21:18
Elle est la directrice juridique du service des travaux publics.
21:18 – 21:19
Un poste important.
21:19 – 21:25
Donc un poste important, responsabilité, mais avec un chef qui est le directeur des travaux publics.
21:25 – 21:27
Et elle n'est pas très bien dans ce travail.
21:28 – 21:36
Elle n'est pas très bien parce que c'est un poste à beaucoup de responsabilités, parce qu'elle est mise en cause dans un scandale de corruption.
21:38 – 21:41
Elle se pensant complètement innocente.
21:42 – 21:45
Et je ne vais pas raconter s'il l'est ou pas à la fin, mais ça, vous verrez le film.
21:47 – 21:57
Et du coup, le film s'ouvre au même moment, en fait, quand elle découvre la maladie de sa mère, mais elle est à ce moment même dans ce problème, dans sa vie professionnelle aussi.
21:57 – 22:03
Et ayant de très mauvaises relations avec son chef, donc, avec le directeur des travaux publics.
22:04 – 22:15
Et du coup, je pense que la maladie de sa mère, comme elle le fait pour chacun de nous quand on a des gros problèmes dans la vie, ça la fait s'interroger sur qu'est-ce qu'elle est en train de faire comme métier, qu'est-ce qu'elle est en train d'avoir comme vie.
22:16 – 22:17
Pourquoi je suis en train de faire ça?
22:18 – 22:19
Est-ce que je ne devrais pas changer de voie?
22:20 – 22:21
Est-ce que je ne devrais pas changer de vie?
22:24 – 22:24
Et voilà.
22:24 – 22:25
Donc, c'est ça.
22:25 – 22:33
Et sa mère, qui est donc avocate aussi, qui a été avocate maintenant à la retraite, elle aimerait qu'elle démissionne, que sa fille démissionne pour...
22:34 – 22:37
pour plaider, pour devenir...
22:38 – 22:39
Ouvrir son propre cabinet.
22:39 – 22:41
Comme la mère a un point de vue sur tout et tous.
22:41 – 22:41
Exactement.
22:42 – 22:42
C'est pas facile.
22:43 – 22:44
Elle n'est pas facile.
22:44 – 22:46
Elle n'est pas facile, mais...
22:47 – 22:50
Elle fume beaucoup pour quelqu'un qui a un cancer du poumon.
22:50 – 22:50
Oui.
22:51 – 22:52
On la traite d'égoïste.
22:53 – 22:54
Je ne sais pas si elle l'est.
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Elle refuse son traitement, ça l'a entendu.
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Elle parle à un moment d'une médecine alternative.
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On dit, sa fille dit qu'elle ne reconnaît jamais ses erreurs.
23:10 – 23:14
En même temps, elle veut préparer l'avenir après sa mort.
23:14 – 23:21
Alors c'est la fameuse scène avec les actes de propriété, livret de caisse d'épargne, coffret de bijoux.
23:21 – 23:25
Elle veut tout préparer, sachant qu'elle part.
23:25 – 23:34
Et puis elle est pour l'honnêteté malgré tout, pour la dignité, pour la combativité.
23:34 – 23:36
Elle est engagée, elle est volontaire.
23:36 – 23:38
J'ai noté tout ça, ça vaut la peine quand même.
23:39 – 23:45
Et puis quand elle parle du métier d'avocat ou d'avocate, elle parle d'honnêteté, effectivement, et de cause noble à défendre.
23:46 – 23:47
Pas autre chose.
23:48 – 23:55
Et puis même, elle va même dire, mais les enfants, les enfants, si vous leur promettez quelque chose, il faut tenir la promesse.
23:56 – 23:57
Il faut tenir parole.
23:57 – 23:58
Voilà, et tenir parole.
23:59 – 24:00
Quel personnage!
24:00 – 24:02
Il y a quelque chose sur l'honneur.
24:03 – 24:03
Voilà.
24:04 – 24:06
C'est quelqu'un pour qui l'honneur est très important.
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Je pense que là-dessus...
24:09 – 24:10
Moi, c'est un personnage...
24:10 – 24:11
Évidemment, il est très...
24:11 – 24:13
C'est un personnage très inspiré de ma propre mère.
24:13 – 24:16
Parce que là, quand vous la décriviez, j'avais l'impression que vous décriviez ma propre mère.
24:16 – 24:17
Voilà, c'est ça.
24:17 – 24:18
C'est bien si je la connais bien.
24:21 – 24:25
Et en fait, elle est très compliquée, mais elle est...
24:25 – 24:30
Mais moi, ça m'émeut d'entendre ça, parce que je me dis, en fait, j'ai de la chance d'avoir une mère comme ça.
24:30 – 24:37
Merci, Franco Loli, pour une mère incroyable, un film que je conseille vivement à tout le monde.
24:37 – 24:41
Merci à vous pour cette interview, c'était très agréable.
24:41 – 24:44
Et à bientôt, j'espère, pour le prochain.
24:44 – 24:44
Oui.
25:40 – 25:52
Après ce superbe film de Franco Loli, Une mer incroyable, partons au musée Bourdel pour les contes étranges de Jacobson.
25:52 – 25:57
C'est la première exposition en France consacrée à Niels Hansen Jacobson.
25:58 – 26:09
Qui vous entraînera dans l'univers étrange et onirique d'un sculpteur et céramiste danois contemporain de Bourdel.
26:09 – 26:15
Jérôme Godot, je travaille au Musée Baudel, je fais partie de l'équipe de la concert.
26:15 – 26:24
Je suis historien de l'art et je travaille donc avec Amélie Simier, qui est la directrice du musée Bourdel, et toute l'équipe de la conservation
26:25 – 26:38
pour tout à la fois servir l'œuvre d'Antoine Bourdel et le mettre en perspective toujours dans sa vitalité et sa puissance créatrice avec la création de ses contemporains.
26:39 – 26:54
Oui, alors ça m'intéresserait que vous parliez déjà en introduction de ce fameux Bourdel, parce que c'est vrai que quand on entre, et quand on entre même pour la première fois au musée Bourdel, on est impressionné
26:54 – 26:59
véritablement déjà par la cour, le jardin.
27:00 – 27:03
Alors, que diriez-vous de l'importance de Bourdel?
27:03 – 27:08
C'est presque un thème de dissertation, mais dans l'histoire de l'art et de la sculpture.
27:09 – 27:17
Je pense que Bourdel a une situation, je dirais un rôle tout à fait fondateur, parce qu'il va être le passeur de la modernité.
27:18 – 27:21
Je n'aime pas beaucoup ce mot, parce que ça veut dire tout et rien, mais en fait...
27:22 – 27:28
Dans la synthèse qu'il va opérer, dans la sculpture qu'il va construire.
27:29 – 27:37
On passe vraiment, je dirais, du XIXe siècle, la fin du XIXe siècle, à l'émergence de la modernité.
27:37 – 27:41
Et c'est un sculpteur à la fois très cérébral,
27:42 – 27:45
dont la séduction ne se manifeste pas.
27:46 – 27:50
de prime abord, mais plus on le regarde et plus on comprend que c'est beau.
27:51 – 28:04
Et il y a quelque chose qui est tout à fait fondateur dans ce musée, c'est qu'en fait, nous sommes dans les ateliers où il a vécu et travaillé depuis le moment où il arrive
28:04 – 28:08
à Paris jusqu'à sa mort en 1929.
28:08 – 28:21
Donc pendant les 40 années qu'il va passer là, nous sommes vraiment dans son, je dirais à la fois dans son antre, dans son laboratoire, et le musée s'est construit autour des ateliers qu'il a
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successivement investis au fur et à mesure de sa carrière, avec ses jardins qui sont vraiment, c'est un lieu d'enracinement.
28:30 – 28:38
Et toute la beauté de cette œuvre, puisque Bourdel part au fond du symbolisme et d'une certaine forme d'expressionnisme,
28:41 – 28:53
à la synthèse de l'art moderne et d'un antique revisité presque dans une forme d'épure.
28:53 – 28:57
Et à la limite parfois d'ailleurs de l'abstraction.
28:57 – 29:08
Donc c'est une sculpture extrêmement riche et extrêmement parlante, pour peu qu'on veuille bien faire l'effort de la regarder vraiment.
29:09 – 29:12
Et alors dans cet écrin, évidemment,
29:13 – 29:15
Ça donne des possibilités extraordinaires.
29:15 – 29:27
extraordinaire et en même temps des responsabilités quand on organise des expositions temporaires parce qu'il faut qu'en plus du lieu elle soit très liée
29:27 – 29:30
à l'artiste que vous venez d'évoquer.
29:33 – 29:46
Je dirais la dynamique d'une exposition et au fond son intérêt, c'est qu'elle peut révéler une part de l'œuvre, une dimension de l'artiste qui n'apparaît pas forcément de prime abord quand vous avez l'ensemble ou la totalité de son œuvre.
29:46 – 29:54
Parce que l'œuvre de Bourdel peut être en même temps vécue comme quelque chose d'assez hétérogène parce qu'il a expérimenté des voies très diverses.
29:55 – 30:02
Donc vous avez l'embarras du choix pour organiser les expositions, si je comprends bien, avec des axes tellement différents.
30:02 – 30:14
Oui, le propos c'est toujours de mettre en valeur la richesse de l'œuvre et d'en révéler un pan, d'en révéler un accès, d'en révéler une pente, je dirais.
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Et là, l'exposition autour de Jacobsen permet de révéler la part symboliste, voire expressionniste de Bourdel, qui est très forte, qui est très puissante,
30:27 – 30:31
et qui prend vraiment tout son sens quand on la voit confrontée effectivement à l'œuvre de Jacobsen.
30:32 – 30:42
Oui, alors Jacobson, pour vous c'est évident, mais j'ai l'impression que pour le public, ça va être une vraie découverte.
30:42 – 30:43
En quoi?
30:43 – 30:45
Non, non, ce n'était pas du tout évident pour moi.
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Parce que si je dois faire une confession, avant de travailler sur Jacobsen, j'en ignorais tout, en fait.
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Donc je suis allé avec Amélie Simier et surtout nous avons été introduits à Jacobsen par la...
31:01 – 31:08
La directrice et conservatrice Thérésa Nielsen, qui est la conservatrice du Kunstmuseum de Végène,
31:08 – 31:12
qui est consacré en grande partie justement à Niels Hansen Jacobsen.
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C'est en amitié et en conjugaison avec Thérésa Nielsen que cette exposition est née.
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Mais il est vrai que le voyage de Jacobsen à Paris, si j'ose dire, le déplacement de ses œuvres prenait tout son sens, puisque Jacobsen, cet artiste danois, a vécu à Paris de 1880.
31:32 – 31:39
12 à 1902, au 65 boulevard Arago, qui était un véritable couvent d'artistes.
31:39 – 31:43
C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la cité fleurie, qui est d'ailleurs toujours une cité d'artistes.
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Et il se trouve que dans ce déplacement dans l'espace, va être l'occasion pour Jacobsen d'être...
31:50 – 32:00
Un déplacement aussi, je dirais, plastique et poétique, parce qu'il va se trouver installé dans une cité d'artistes qui se trouve être le cœur du symbolisme français.
32:00 – 32:09
Et donc, ce déplacement dans l'espace va lui permettre lui-même d'approfondir sa propre vocation artistique.
32:09 – 32:14
Et cette exposition est un peu sous les auspices de Baudelaire, puisque Baudelaire...
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est une des figures fondatrices du symbolisme, y compris du symbolisme danois à travers les fleurs du mal.
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Et dans l'invitation au voyage, qui se clôt sur le fameux vers« Tout y parlerait à l'âme en secret sa douce langue natale», c'est un peu comme si cette langue natale,
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Jacobsen allait en percer le secret en venant s'enraciner.
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Et se déplacer dans la terre parisienne où il va être ancré dans un symbolisme.
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Et le symbolisme, c'est aussi l'art du déplacement.
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Parce qu'au fond, l'art symboliste, c'est toujours les formes sont là pour parler d'autre chose, pour montrer autre chose.
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L'image que vous avez sous les yeux évoque autre chose que ce qu'elle montre et dit autre chose que ce qu'elle semble dire.
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Donc il y a une ambiguïté de la création plastique dans le symbolisme.
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Que Jacobsen va pousser jusque dans ses formes les plus singulières et les plus abouties.
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Et alors une exposition comme ça, comment la construit-on?
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Moi je compare souvent ça au montage d'un film, et là le montage d'une exposition, donc en différentes parties, est-ce qu'on peut les prendre comme ça même rapidement?
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Vous savez, une exposition, c'est toujours un jeu de correspondance.
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Ce sont d'ailleurs des correspondances que vous y avez.
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ignorée au départ.
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C'est-à-dire qu'une exposition réussie suppose qu'on ait pu réunir des œuvres qui se conjuguent, qui se confrontent et qui se parlent les unes aux autres.
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Et de salle en salle, d'ailleurs, puisqu'on a des ouvertures extrêmement judicieuses à chaque fois, des sortes de fenêtres qui nous permettent d'une salle à passer le regard aussi jusqu'au masque, par exemple, un peu plus loin.
34:13 – 34:25
C'est vrai, mais il faut dire aussi que nous avons une remarquable scénographe qui est Cécile de Gauz et qui fait que quand on travaille avec Cécile, elle a une telle intelligence spatiale que c'est difficile de rater une exposition avec elle.
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Ce n'est pas votre ambition d'ailleurs.
34:29 – 34:30
Mais au-delà de ça...
34:30 – 34:39
Je pense que, à mon avis, cette exposition est en effet réussie, en ce sens que, du début jusqu'à la fin,
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nous sommes vraiment conduits par une forme de dynamique plastique où les œuvres, effectivement, sont dans un véritable écho.
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Et ça, c'est toujours le travail d'une réflexion commune.
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C'est à la fois les recherches, bien évidemment, en archives que l'on peut faire.
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Ce sont les confrontations auxquelles on peut songer.
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Mais au fur et à mesure, c'est en travaillant que les choses surgissent aussi.
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Une exposition réussie, c'est...
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Au bout du compte, quand à la fin vous avez découvert quelque chose que vous ignoriez au départ,
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Et c'est toujours le propre d'une exposition.
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Et là, je crois que nous y sommes, parce qu'effectivement, la réunion des œuvres a fait surgir, au fond, une part de, je dirais, d'animalité, presque de...
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Il y a presque quelque chose qui est un peu de l'ordre de l'effroi qui transparaît dans cette exposition.
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Et ce n'était pas du tout évident au début.
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C'est-à-dire que l'œuvre de Jacobsen, elle est surprenante, mais je ne pensais pas qu'elle allait comme ça jusqu'au...
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jusqu'au très fond de presque quelque chose d'inavouable.
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Et elle se termine entre autres avec cette sculpture incroyable qui s'appelle l'ombre.
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Et nous avons ressorti ce texte de Dali sur l'art nouveau, parce qu'on est vraiment au cœur, à la fin de l'expression, au cœur de l'art nouveau.
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Et lorsque Dali parle de la beauté comestible et dévoratrice de l'art nouveau, je crois que c'est finalement un peu cette impression-là que l'on emporte en partant.
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Alors, si on revient simplement comme ça aux différentes parties, comment elles sont intitulées, si on peut les citer les unes et les autres?
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La première partie, c'est le 65 du boulevard Arago, c'est donc ce couvent artistique.
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Ensuite, vous avez la figure emblématique de la petite sirène.
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double mouvement entre plongée et élévation, la sculpture de la petite sirène qui est confrontée à des toiles de cet artiste danois qui était venu aussi s'installer à Paris avec Jacobsen qui s'appelle Jens Lund et qui était
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inspiré de Gustave Moreau et qui en même temps fait des toiles presque abstraites qui seraient comme du Kupka avant l'heure.
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Vous avez donc là tout un ensemble d'aquarelles de Gustave Moreau, des toiles d'un symboliste danois qui s'appelait Brockman.
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Vous avez des lithographies d'Odilon Redon et ensuite vous avez tout un ensemble dans la
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troisième partie de céramique autour des céramiques de Jacobsen et de cette expérience de la céramique très troublante, céramique organique, avec une confrontation avec les céramiques
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de Cariès qui était un des, probablement le maître et l'initiateur de Jacobsen.
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Ensuite vous avez cette section de long autour du troll, le troll qui flaire la chair des chrétiens, qui est cette
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figure nordique d'un monstre dévorateur qui est inspiré là aussi de Cariès, des céramiques très étranges de Gauguin dont nous avons un magnifique exemplaire,
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du strige de la fameuse sculpture inventée par Viollet-le-Duc dans les fameuses garbouilles de Notre-Dame, dont le masque du troll est...
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est effectivement le prolongement et la répercussion.
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Ensuite, dans la section qui suit, vous avez toute la série des masques, autour des masques japonais, du masque de l'automne
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de Jacobsen, des masques de Cariès, de la figure de la méduse tout à fait terrifiante de Böcklin et les masques tragiques de Bourdel.
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Vous avez ensuite une section autour de l'ombre, qui est cette sculpture fascinante, qui là aussi est la traduction d'un conte éponyme d'Andersen.
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C'est l'ombre qui s'affranchit du corps qui la projetait et qui finit par dévorer le corps dont elle était la projection.
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Donc avec tout un ensemble de séries, de sculptures, de bourdel autour du jour et de la nuit, et de cette photographie fascinante de brassage sur le strige.
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Et puis la dernière section sur la mort et la mer, qui est une méditation sur l'ambivalence du féminin et sur la spirale de l'arabesque, de l'art nouveau, qui dit probablement quelque chose de
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l'ambiguïté féminine ou du féminin tel qu'il est fantasmé par le masculin dans ce jeu à la fois de ces fleurs merveilleuses qui s'ouvrent et qui peuvent se transformer en sorcières ou en goules dévoratrices.
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Donc on plonge peut-être dans les...
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arcane et les abysses de la psyché.
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Oui, puis alors quand on est dans une exposition comme celle-là, avec cette sorte de monstruosité qu'on a à différents moments,
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on pense à, et j'y faisais allusion tout à l'heure, par ces fenêtres qui nous permettent de passer d'une salle à l'autre,
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et qui nous permet, par exemple, de voir les masques.
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Qu'est-ce que vous diriez des masques?
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Parce que dans le fond, tout ce qu'on voit là, c'est un jeu de miroir par rapport aux visiteurs.
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C'est vrai, vous avez tout à fait raison.
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Même si on n'a pas envie de l'admettre.
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Peut-être que ça fait surgir...
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Le visiteur est confronté sans doute à ses propres démons et à ses propres zones obscures.
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Et vous parliez très justement de ces masques qui nous dévisagent.
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Il y a quelque chose de très troublant, c'est qu'aucun d'entre nous ne verra jamais son visage tel que les autres le voient.
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Et le visage ultime qui est le nôtre, c'est-à-dire notre masque mortuaire, nous sera à tout jamais dérobé.
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Et je pense que ces masques interrogent cette espèce de hantise, ce mystère de la présence et cette hantise de la mort.
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Et les masques de méduses qui...
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Le masque de Méduse qui clôt cette section et qui est cet arcane.
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extraordinaire masque de beuclines qui nous a été prêté par le musée d'orsay dit quelque chose de la sidération en fait de la de la décollation et de puisque méduse et cette
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figure que les grecs accrochés au fronton des temples ou sur le bouclier d'athéna et qui était censé mettre la mort à distance ou la angoisse de la mort
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ce masque qui est brandi et qui dévisage quelque chose qui serait comme derrière le dos du spectateur.
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Donc c'est probablement le miroir de nos hantises ou de nos désirs inavouables et en même temps fondateurs.
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Et vous, quand vous terminez, ce serait ma dernière question en point de suspension, mais on a bien compris que vous êtes entré dans le sujet
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par, j'allais dire, pas grand-chose, et puis ensuite des relations extrêmement sympathiques, cordiales.
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Et petit à petit, vous découvrez des choses dans une exposition, une fois qu'elle est montée, et en particulier ces monstres.
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Alors, comment vous mariez à la fois cette sorte de familiarité?
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Parce que vous avez passé un certain temps d'études sur cet homme.
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Combien de temps?
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Écoutez, d'abord, c'est vraiment un travail en commun, c'est-à-dire toute l'équipe du travail.
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du musée a travaillé ces deux ans de travail et d'échanges avec Thérésa Nielsen et effectivement à la fois d'interrogations, de documentations, de questionnements, de travail.
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Donc on peut parler d'une sorte de familiarité même par rapport au sujet.
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Et puis familiarité avec les monstres, ça y est, ça y est pour vous maintenant?
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C'est normal.
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En tout cas, je dirais que...
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Vous n'en avez plus peur.
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Je dirais que, pour ma part, cette exposition m'a permis d'apprivoiser mes propres monstres, et c'est déjà pas rien.
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Merci beaucoup.
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Et c'est la grâce qu'on souhaite à chaque visiteur.
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Absolument.
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Après cette exposition véritablement étrange, mais superbe,
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Au palais idéal du facteur cheval à Haute-Rive, Agnès Varda nous reçoit, à titre posthume d'ailleurs, en exposant des œuvres comme des cartes postales, des photographies diverses,
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Elle a intitulé son exposition« Correspondance».
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C'est jusqu'au 8 septembre.
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Agnès Varda a toujours été très attachée à l'œuvre du facteur cheval.
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Elle a aimé revenir visiter son palais idéal à de nombreuses reprises depuis les années 50.
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C-I-U-S.
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Ça vient de sa fille Alice, qui va mourir adolescente.
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Le facteur cheval adorait sa fille et il donne le nom à la maison qu'il achève en 1896 et Alice décède en 1895.
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Donc il donne son nom à la Villa Alissus.
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Je commence très rapidement parce que peut-être qu'on vous laissera les uns les autres jeter des petits regards tranquilles en faisant des roulements.
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Mais l'idée, c'était que la chance d'avoir ce lieu très sentimental, il nous permettait aussi d'ouvrir encore une autre porte dans tout l'univers d'Agnès Varda.
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Et une porte extrêmement importante pour elle, qui est celle des installations et qui lui tenait vraiment à cœur.
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C'est-à-dire après toute la grande période cinématographique, il y a aussi cette période de visual artist,
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le terme qu'elle aimait employer plutôt que plasticienne, où elle s'intéresse aussi à l'espace et à l'image mise en perspective dans un espace et au rapport avec les spectateurs.
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Ce qui est passionnant, c'est de voir que toute cette aventure recommence d'une certaine manière avec un film qui est Les Glaneurs, La Glaneuse, Les Correspondances, deux ans après, une invitation à la Biennale de Venise
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2005.
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2003, pardon, pour Utopia Station, où elle imagine une grande installation vidéo, photo et en volume avec des pommes de terre qui s'appelle Patatutopia.
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Ici, on fait surtout le lien entre le film, sa passion pour cette question du glanage à travers les objets, et puis les correspondances qui lui seront envoyées, là, quelques choix rapides dans cette vitrine que vous découvrirez.
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Et quand même, une série de photographies qui déjà est montrée à la...
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Biennale de Venise, dans le cadre de Patatutopia, donc les pommes de terre, une sorte de petit bijou que vous avez encore la chance de voir, parce qu'avec le temps,
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ça devient très fragile, qui est le costume avec lequel Agnès communique pendant la Biennale sur son installation, donc Agnès portait.
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Pour lui éviter de se répéter, elle avait déjà imaginé ce qu'est l'installation aujourd'hui, c'est-à-dire sa voix enregistrée, nous distillant toutes les catégories diverses et variées de patates au monde.
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Frédéric a eu la très jolie idée de dire, voilà, elle va accueillir, il y a le costume du facteur cheval, c'est une histoire un peu croisée dans ce lieu qu'est la maison.
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Et donc, elle nous accueille presque physiquement, en tout cas par la voix et cette petite installation assez jolie.
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Et puis, vous découvrirez la grande cheminée patate, qui est un montage qu'Agnès avait fait à partir d'une image prise en Italie par elle-même.
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L'idée des jeux encore et des correspondances où déjà elle introduit les pommes de terre, là où avant il y avait du maïs.
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Et puis, ce qu'elle, je pense, elle aurait beaucoup aimé parce qu'on l'a énormément fait dans les expositions qu'on a imaginées ensemble, c'est-à-dire intégrer le lieu et se dire, voilà, comment les images viennent prendre vie dans un lieu qui est déjà un lieu
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de vie et, comme l'a très bien expliqué Frédéric, d'accueil et de circulation.
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Une petite vidéo qui rappelle également, justement, cette origine, un peu l'origine de toute cette suite, c'est-à-dire un extrait du film.
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deux ans après, où Agnès montre vraiment son désir, après avoir reçu une lettre, d'aller à la rencontre des gens, et où elle explique qu'elle va prendre le train pour aller vraiment physiquement retrouver ces gens qui avaient envie de lui parler.
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Voilà.
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Avec un petit objet sentimental quand même que je note, ça se voulait peut-être passer à côté.
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Frédéric, c'est vrai, avait un petit peu...
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Intellectuellement, je comprends tout à fait cette pensée, l'idée que ce lieu a été meublé.
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Et on a rajouté le tout petit meuble secrétaire, Wagnès,
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Rangée, donc c'était toutes les choses qu'elle conservait des postes et des PTT au fil des ans, les petits livrets d'envoi, les petites étiquettes qu'elle avait collées sur les enveloppes, etc.
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Donc ça, c'est le meuble d'Agnès que nous avons ramené de Paris pour...
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Rapporter encore quelque chose de sentimental, une pierre à l'édifice du palais.
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Et toutes ces patates de cœur qui viennent envahir l'espace, patates en train de germer, patates stars, qui viennent aussi faire écho, puisque la Villa Alissus
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n'a plus rien d'originel, mais par contre, quand on est ici, la chance qu'on a, c'est de pouvoir aussi profiter de la vue que le facteur cheval avait sur son palais.
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Et ce palais qui, encore une fois, était un potager.
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Du coup, cette circulation de photos de pommes de terre en train de germer...
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Et ce palais potager à l'extérieur nous semblait assez amusant.
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Qu'est-ce qu'il y avait à l'intérieur?
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Il n'y avait rien.
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On l'utilisait uniquement pour les loges, pour les concerts l'été.
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C'était uniquement ça, donc 7 jours par an, ce qui me fondait un peu le cœur.
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L'étage, on ne peut pas...
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Comment dire?
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L'escalier est trop minuscule pour que je puisse l'ouvrir au public.
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Donc on peut l'utiliser de façon privée.
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L'idée est que la villa puisse aussi accueillir des résidences d'artistes.
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Et auquel cas je pense qu'on continuera à utiliser cette pièce qu'on appelle le salon mais qui en fait était la chambre à utiliser cette pièce comme lieu d'exposition peut-être des artistes qui sont là et voilà
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Mais au moins, ouvrir cet espace, rentrer chez le facteur, voir cette vue.
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Voilà, j'étais très...
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Et en plus, les deux fois, puisque c'est la deuxième fois qu'on l'ouvre, la première exposition, Le Vent et les Oiseaux m'encouragent, je n'ai pas fait l'exposition pour ouvrir la villa.
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C'est-à-dire qu'en avançant sur l'exposition, je me suis dit qu'elle n'avait du sens que si on la faisait dans la villa Alissus.
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Et j'avais dit à l'avenir, voilà, je vais ouvrir la villa une seule fois et tout.
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Et en fait, quand on a commencé à parler de l'exposition, quand les patates sont apparues, mais aussi tous les courriers de deux ans après et autres, c'était...
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C'était la même chose, c'était que ça ne pouvait être que très beau dans la Villa Alicius.
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Et ensuite, on a créé ces autres correspondances, effectivement, entre le facteur et Agnès.
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On a même mélangé des objets.
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d'inspiration du facteur, le magasin pittoresque, qui sont mélangés avec les documents d'Agnès Varda.
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On a joué aussi ce que Julie a expliqué, de cette fiction-réalité, et qui vient créer cet ensemble.
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Le facteur cheval commence le palais ici.
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La source de vie est la grotte de Saint-Améde.
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Il commence le palais en 1879.
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En 1879, il trébuche sur une pierre.
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Il fouille dans la terre et découvre ce qu'il appelle la pierre d'achoppement.
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La pierre d'achoppement, on la verra ensuite dans la visite.
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C'est une pierre qui est assez extraordinaire.
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Elle se dit qu'elle a une forme tellement merveilleuse que si la nature peut faire ça, lui aussi peut faire de la maçonnerie et de l'architecture.
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Et à partir de là, il va se lancer dans 33 ans de travail.
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Alors quand...
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Je ne voulais pas souligner, mais effectivement, parce que le facteur était quand même un génie de la communication.
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Quand on est arrivé de la petite porte en bois, on a à l'angle là, deux mentions, travail d'un seul homme, 1879-1912,
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10 000 journées, 33 000 heures, 33 ans d'épreuve, plus au pinette que...
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moi, se mettre à l'œuvre.
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Donc c'était très clair.
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Je l'ai fait, j'ai mis 33 ans et c'est effectivement le cas.
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Il a plus de 40 ans quand il se lance dans ce grand chantier au printemps 1879.
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Il faut savoir que le facteur cheval...
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Était facteur, facteur rural.
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Ce qu'on appelle facteur rural, ce n'est pas parce qu'il était uniquement à la campagne, c'est une mention des postes.
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C'était des facteurs qui faisaient beaucoup plus de distance et qui étaient payés beaucoup moins.
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C'était une sorte de label de la poste.
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Et en l'occurrence, Ferdinand Cheval faisait...
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Au minimum 32 km à pied pour faire sa tournée, à pied puisque la tournée est trop escarpée, et la tournée pouvait monter jusqu'à 43 km.
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Tous les jours.
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Tous les jours.
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Et donc, à partir du moment où il se lance à la construction du palais,
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Il dit y avoir rêvé pendant dix ans, notamment sur sa tournée, qu'il a construit son palais en rêve.
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Et après être tombé sur la pierre d'achoppement, il commence à ramasser des pierres sur son chemin, des pierres qui ont des formes assez extraordinaires ou qui lui conviennent pour son palais.
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Alors quand il le peut, il les met dans sa sacoche.
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Quand elles sont trop lourdes, il les laisse sur le bord du chemin et revient le soir avec sa brouette récupérer les pierres pour construire le palais la nuit.
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Si bien d'ailleurs que les restaurateurs nous disaient que lors des premiers chantiers de restauration,
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On retrouvait encore de la cire de bougie sur le palais, puisqu'il a été construit la nuit.
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C'est donc des pierres de la région, la molasse.
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C'est des pierres qui ont des formes déjà assez extraordinaires, sur lesquelles le facteur va rajouter de la chaux et faire surgir des personnages, surgir des formes.
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Il ne taille pas la pierre, il ne sculpte jamais la pierre.
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Il travaille avec de la chaux par-dessus.
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Typiquement, le chien fidèle, qui est un peu une des icônes du palais, si on le regarde de profil, c'est une seule et même pierre qui est véritablement ondulée.
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Nous avons donc ce soir traité trois sujets.
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Tout d'abord, le film de Franco Loli, Une mer incroyable.
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Puis l'exposition du musée Bourdel, Les contes étranges de Jacobson, jusqu'au 31 mai.
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Et enfin, au Palais idéal du facteur cheval à Haute-Rive, dans la Drôme, l'exposition Agnès Vardin.
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intitulé« Correspondance», et ce, jusqu'au 8 septembre.
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J'ai comme glanage.
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Glaner, c'est ramasser après la moisson.
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Glaneur, glaneuse, celui ou celle qui glane.
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Autrefois, il s'agissait toujours de glaneuses, et les plus célèbres peintes par Millet étaient reproduites dans les dictionnaires.
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L'original est au musée d'Orsay.